Transformation de l’offre #1

Trois outils concrets pour marquer l’essai 


La transformation de l’offre est devenue un référentiel partagé dans les secteurs médico-social et social. Pourtant, elle reste trop souvent un horizon théorique, une ligne de but que l’on dessine sans parvenir à réellement la franchir. Les Journées régionales de la transformation de l’offre et de l’innovation sociale ont fait le pari inverse : partir de modèles d’intervention existants pour montrer que la transformation est déjà à l’œuvre. En s’appuyant sur trois approches éprouvées – l’initiative AIDES, le modèle MDH-PPH et les démarches de désistance – ces journées ont exploré les conditions concrètes du passage de la théorie à la pratique. 

Par Sara Calmanti, directrice du CREAI Bretagne 

La transformation de l’offre est devenue le mantra de ces dernières années. Elle traverse les politiques publiques, irrigue les stratégies institutionnelles et structure les discours. Nous en parlons beaucoup, nous en dessinons les contours, mais, à la différence de l’équipe de France de rugby, nous peinons encore à marquer l’essai. 

Ce décalage n’est ni un manque d’adhésion ni un défaut d’engagement des professionnels. Il tient plutôt à une difficulté majeure : avancer vers un but qui reste largement abstrait. Sur un terrain de rugby, l’en-but est matérialisé, visible, partagé. En matière de transformation de l’offre, le but est souvent formulé en principes, rarement incarné dans des pratiques observables et transmissibles


Et si le véritable enjeu n’était pas d’inventer la transformation, mais de reconnaître, outiller et hybrider ce qui existe déjà ?


C’est précisément à cet endroit que se sont situées les Journées régionales de la transformation de l’offre et de l’innovation sociale. Leur ambition n’était pas de produire un discours supplémentaire sur ce que devrait être la transformation de l’offre, mais de partir du terrain pour en montrer des traductions concrètes. Il s’agissait de permettre aux équipes de repérer, de comprendre et d’expérimenter des pratiques qui donnent corps à cette transformation, ici et maintenant. 

Car si la transformation de l’offre s’appuie, dans ses fondements, sur des notions désormais largement partagées – pouvoir d’agir, inclusion, citoyenneté, participation sociale, prise en compte de l’environnement – encore faut-il que ces notions cessent d’être des références théoriques pour devenir des repères opérationnels. Le passage du principe à la pratique est là où se joue, réellement, la transformation. 

Trois approches pour une même traduction opérationnelle 

Le parti pris de ces journées a été clair : faire le pari que la transformation de l’offre n’est pas à inventer ex nihilo, mais qu’elle est déjà à l’œuvre dans des approches existantes, éprouvées, et pour certaines déjà investies par les professionnels. Trois d’entre elles ont servi de fil conducteur : l’initiative AIDES1, le modèle de développement humain – processus de production du handicap (MDH-PPH)2 et les démarches de désistance. Ces approches ne sont pas simplement compatibles avec la transformation de l’offre. Elles en constituent déjà une traduction opérationnelle. 

Renverser la logique : des manques aux capacités

Elles partagent d’abord un même renversement du point de départ de l’accompagnement. Elles cessent de définir les personnes à partir de leurs manques, de leurs troubles ou de leurs déviances, pour partir de leurs capacités, de leurs aspirations, de leurs ressources et de leurs environnements de vie. Ce déplacement est central : il ne s’agit plus d’ajuster la personne à une offre existante, mais de transformer l’offre à partir de ce que les personnes peuvent et veulent valoriser

Repenser la posture professionnelle 

Elles transforment ensuite profondément la place du professionnel. Dans ces cadres, le professionnel n’est plus celui qui prescrit, oriente ou corrige, mais celui qui crée les conditions du pouvoir d’agir. Dans l’initiative AIDES, il soutient l’accès aux opportunités et agit sur les environnements. Dans le MDH-PPH, il identifie et transforme les facteurs environnementaux qui produisent les situations de handicap. Dans les démarches de désistance, il reconnaît le rôle central de la personne dans son propre processus de changement. Ce déplacement de posture constitue une transformation de l’offre en acte : l’offre n’est plus ce qui est délivré, mais ce qui est co-construit. 

De dispositifs fermés à des parcours ouverts 

Ces approches rompent également avec une logique de dispositifs fermés pour s’inscrire dans des parcours ouverts, évolutifs et non linéaires. Elles acceptent l’incertitude, les ruptures, les allers-retours, et s’inscrivent dans le temps long. Là encore, elles donnent une traduction concrète à un enjeu central de la transformation de l’offre : passer d’une logique de places, de statuts et de catégories à une logique de parcours et de participation sociale

Enfin, elles fournissent aux équipes des cadres méthodologiques directement mobilisables. C’est à cet endroit que les journées ont porté un effort particulier de mise en pratique. 

Place à la pratique 

Les professionnels ont notamment travaillé à partir du triangle des besoins de l’enfant, non comme un outil d’évaluation figé, mais comme un support de dialogue. Les besoins fondamentaux de l’enfant ont été mis en regard des réponses apportées par les adultes et des caractéristiques de l’environnement, en articulation avec le modèle MDH-PPH. Cette mise en dialogue a permis de déplacer l’analyse : il ne s’agissait plus seulement d’identifier des besoins non satisfaits, mais de comprendre comment les habitudes de vie de l’enfant sont rendues possibles ou entravées par des facteurs environnementaux modifiables. 

Ce travail a rendu visibles des marges d’action souvent sous-estimées. En agissant sur l’environnement – organisation, relations, accessibilité, soutien social – les équipes ont pu envisager des actions qui ne reposent pas uniquement sur des mesures de protection ou des placements, mais sur des ajustements concrets favorisant la participation et le développement de l’enfant dans ses milieux de vie. 

Les démarches de désistance ont, quant à elles, apporté un éclairage complémentaire, en particulier sur les parcours marqués par des ruptures, des transgressions ou des assignations durables. Elles ont permis de penser l’accompagnement non comme une succession d’actes correctifs, mais comme un processus dans lequel la personne construit progressivement une autre relation à elle-même, aux autres et aux normes sociales. Là encore, le rôle des professionnels a été interrogé : soutenir la désistance suppose de reconnaître les capacités de choix, d’engagement et de projection des personnes, y compris lorsque leurs trajectoires sont heurtées. 

L’hybridation comme horizon  

Le challenge porté par ces journées est allé un pas plus loin. Il ne s’agissait pas seulement d’illustrer ces approches, mais de les mettre réellement en pratique afin d’éprouver leur capacité à dialoguer entre elles et, à terme, à être hybridées au sein d’un programme plus large. 

L’initiative AIDES, le MDH-PPH et les démarches de désistance ont ainsi été mobilisés comme des cadres d’action complémentaires, soumis à l’épreuve de situations concrètes. L’objectif n’était ni de les comparer ni de les fusionner artificiellement, mais d’identifier ce qui, dans leurs principes et leurs méthodes, pouvait constituer un socle commun. 

Cette mise en pratique a fait émerger une convergence forte : partir des situations vécues, agir sur les environnements plutôt que sur les personnes, reconnaître leur rôle central dans leur propre parcours et accepter la complexité des trajectoires. Ce socle constitue une base crédible pour penser une hybridation, non comme une juxtaposition d’outils, mais comme une architecture cohérente de principes, de méthodes et de postures. 

L’hybridation envisagée ne vise pas la création d’un modèle supplémentaire, mais la construction d’un cadre souple, transférable et appropriable par les équipes, capable de soutenir la transformation de l’offre dans des contextes variés. Elle suppose toutefois des choix clairs. 

À l’aune du respect des droits et de l’expérience des personnes concernées, certaines pratiques sont difficilement défendables : celles qui réduisent l’analyse aux seuls comportements individuels, qui invisibilisent le rôle de l’environnement dans la production des difficultés ou qui privilégient la conformité aux dispositifs au détriment des parcours. La transformation de l’offre implique de renoncer à ces usages, au profit de pratiques plus exigeantes. 

La transformation de l’offre n’est alors ni un slogan ni un horizon abstrait. Elle devient un travail collectif, outillé, situé, qui engage la responsabilité des institutions, des professionnels et des décideurs. Les Journées régionales n’en constituent pas l’aboutissement, mais un point d’appui. À chacun désormais de s’en saisir. 

  1. Pour en savoir plus sur l’Initiative AIDES, cliquez ici. Le CREAI Bretagne est démultiplicateur de cette initiative dans la région bretonne : retrouvez nos formations dans notre catalogue en ligne. ↩︎
  2. Pour en savoir plus sur le MDH-PPH, cliquez ici. Le CREAI Bretagne est démultiplicateur de cette initiative dans la région bretonne : retrouvez nos formations dans notre catalogue en ligne. ↩︎

Recevez les prochaines parutions d'articles !

Vous acceptez que CREAI Bretagne vous communique de nouveaux contenus et services ? Pour plus d'informations, consultez notre politique de confidentialité.

Left Menu IconMenu
Right Menu IconMenu secondaire
Creai Bretagne
Résumé de la politique de confidentialité
Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous fournir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre les sections du site que vous trouvez les plus intéressantes et utiles.